Guillaume Deschamps assis chez lui, le plan d'Orléans de Plandrian encadré à côté de lui

Orléans, le premier plan que j'ai dessiné

Je n'ai pas choisi Orléans pour commencer. C'est la ville où je vis. Je voulais l'affiche pour mon mur, pas pour la vendre.

Ce qui m'a décidé, c'est une contrariété assez banale : je cherchais quelque chose à accrocher qui parle d'ici, et je ne trouvais que deux familles d'objets. Des photographies de la cathédrale, jolies et interchangeables. Ou des cartes anciennes, que j'aime beaucoup, mais qui parlent d'une ville qui n'existe plus. Rien qui ressemble à la ville telle qu'on la traverse.

Alors j'ai pris un plan et j'ai commencé à enlever.

C'est le geste central, et il est contre-intuitif : un plan de ville contient beaucoup trop de choses. Des noms, des numéros, des symboles, des trames. Tout cela sert à se repérer, et rien de tout cela ne sert à regarder. J'ai retiré les noms. J'ai retiré les indications. Il est resté des lignes, des angles, et des surfaces.

Et là, quelque chose apparaît qu'on ne voit jamais en marchant : Orléans a une forme. Le boulevard qui l'enserre dessine un arc presque régulier. Les rues du centre se coupent à angle droit, héritage d'un tracé ancien. Et la Loire traverse tout, en biais, large, avec son banc de sable au milieu — la seule ligne du plan qui refuse d'être droite.

C'est là que Mondrian s'est invité, parce que j'aime sa peinture depuis longtemps. Je ne suis pas parti de lui : je suis parti d'un plan que je venais de vider. Mais une fois les noms et les symboles retirés, ce qui restait — des surfaces fermées, cernées de lignes noires, de tailles très inégales — ressemblait déjà à ses toiles. Une ville à qui l'on retire ses légendes, c'est une distribution d'espaces. C'est exactement son sujet.

Alors j'ai posé les couleurs comme lui. Du rouge, du bleu, du jaune, quelques noirs. Et surtout, comme lui, sans leur faire dire quoi que ce soit : un aplat rouge ne signale pas un quartier commerçant, un jaune ne marque pas un parc. C'est un parti pris, et le seul critère est l'équilibre de l'ensemble. Je déplace, je recule, je regarde, jusqu'à ce que ça tienne.

C'est ce refus de signifier qui fait basculer le plan. Tant qu'une couleur informe, on a affaire à un outil. Dès qu'elle ne sert plus que la composition, on a affaire à un objet qu'on regarde. Le plan perd sa fonction, et devient une image.

Et il y gagne. Un plan qui sert à se repérer, on le consulte et on l'oublie. Celui-ci, on s'arrête devant : on cherche la Loire, on suit un boulevard, on finit par trouver sa rue. La ville qu'on croyait connaître redevient quelque chose à explorer — non pas malgré l'interprétation, mais grâce à elle.

Ce premier plan est devenu le point de départ de tout le reste. Il y a aujourd'hui des dizaines de villes, et une méthode qui n'a pas bougé. Et il se trouve qu'il est retourné là d'où il vient : c'est ce plan d'Orléans qui habille aujourd'hui une tablette de chocolat fabriquée à quelques rues de chez moi. Mais c'est une autre histoire.

Le plan d'Orléans existe en affiche et en toile, encadrées ou non.

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