Main tenant un stylet sur une tablette graphique, un plan de ville en cours de tracé à l'écran

Comment je dessine une ville : mon processus créatif

On me demande souvent si c'est un filtre. Non. Mais je serais bien en peine de donner une recette, parce qu'il n'y en a pas. Il y a une manière de regarder, et elle s'est formée en dessinant ma propre ville.

Retracer, à la main

Je pars d'un plan réel et je le redessine entièrement. Pas un calque : un tracé. C'est long, et c'est la part qui ne s'automatise pas, parce qu'à chaque rue il faut décider ce qu'elle dit de la ville.

Certaines portent son identité : un boulevard qui la ceint, une avenue qui la traverse, un fleuve qui la coupe en deux. Celles-là restent, toujours. Les autres s'effacent peu à peu. Ce qui subsiste au bout, ce sont les grandes directions — celles qu'on suit sans y penser quand on habite là.

Se détacher de ce que ça veut dire

Un plan est bavard. Il nomme, il numérote, il signale. Tant qu'il parle, on s'en sert. Dès qu'il se tait, on le regarde.

J'enlève donc les noms, les chiffres, les légendes. Non par goût du dépouillement, mais parce que le silence laisse apparaître autre chose : une composition. Des surfaces, des directions, un rythme.

C'est là que l'épure cesse d'être une méthode et devient un parti pris. On n'enlève plus pour clarifier, on enlève parce que c'est plus beau ainsi. Les deux raisons vont dans le même sens, et c'est ce qui rend l'exercice possible.

Poser les couleurs

Rouge, bleu, jaune, noir, blanc. Elles ne signalent rien : ni quartier, ni fonction. Elles servent l'équilibre, et rien d'autre. Je pose, je recule, je regarde. Il m'arrive de déplacer un aplat de deux rues — cela ne change rien sur le terrain, et tout sur le mur.

Il faut être honnête sur le mot « inspiré ». Mondrian ne dessinait pas de villes ; il cherchait l'accord entre des lignes et des surfaces. Je pars de l'inverse : d'un tracé qui existe et que je ne peux pas déplacer pour que ce soit plus joli. La contrainte est réelle. C'est elle qui rend le jeu intéressant.

Le moment où ça tient

C'est ma partie préférée, et elle ne se commande pas. Il arrive un instant où l'on cesse de corriger. La ville est là, reconnaissable, et pourtant on ne l'a jamais vue ainsi. Avant, on ajustait. Après, on regarde.

Je reste longtemps devant, à ce moment-là. À suivre du regard une avenue que j'emprunte tous les jours et qui, réduite à un trait noir entre deux surfaces, raconte soudain autre chose. C'est probablement pour ça que je continue à en dessiner.

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